Au nom du père

 

hommes

Cela fait quelques temps à présent que je me questionne sur mon nom.

Je suis une adepte des divagations onomastiques car il m’a toujours semblé qu’un prénom et un nom pour toute une vie ce n’était pas beaucoup. Dans certaines tribus, les individus changent régulièrement de prénom car l’on considère qu’ils se transforment tout au long de leur vie ; en effet une jeune Douce fleur des champs se sentira peut-être davantage Foudre lumineuse puis Fleuve tranquille au fil des ans. Et quoi de plus absurde et limitant que de continuer à se faire appeler Douce fleur des champs alors que l’on se sent éclair dansant à l’intérieur ?

Parenthèse faite, je me concentrerai dans cet article sur la question du nom, ou patronyme (nom du père). Mariée, j’ai moi-même opéré le transfert du nom du père vers nom de l’époux, par ce geste je marquais l’émancipation au père et à la famille en m’inscrivant dans un nouveau clan, celui de mon époux. J’utilise aussi mes deux noms (patronyme+ nom marital).

Mon travail autour du féminin m’a amené à profondément me questionner sur ce point, finalement nous sommes la fille d’un homme et lorsque nous nous marions nous sommes l’épouse d’un homme. Quant à celles qui divorcent elles retrouvent leur nom de « jeune fille » et sont donc de nouveaux rattachées à la lignée de leur père et repassent symboliquement du statut d’épouse à celle de fille…. de l’homme.

Certaines, par choix ou non, héritent du nom de leur mère. Mais au final celui-ci continue de nous lier exclusivement aux hommes de nos lignées, puisque nos mères aussi portent le nom de leur père, ainsi que nos grandes mères et arrières grand-mères ….

Depuis des siècles et des siècles nous portons en nous et transmettons à nos enfants les noms des hommes, nous sommes coupés des noms de nos mères et ignorons même si elles ont en déjà eu un. En ce sens nous n’avons donc aucune existence si ce n’est celle qui nous rattache aux clans de nos ancêtres masculins.

Les hommes eux-mêmes sont le fruit d’un monde ou l’ascendance féminine est invisible car innomé.

Comment alors lui faire une place ? Comment nous, hommes et femmes, pouvons-nous travailler sur l’éveil et l’harmonie du masculin et féminin sacrés, comment pouvons-nous célébrer leurs retrouvailles si la plus lointaine femme de notre lignée est anonyme ? Si on ne peut l’appeler que fille ou femme de ?

La question autour de la décolonisation du corps féminin ainsi que celle de la re-harmonisation entre les sexes me semble aussi passer par une forme de libération et recréation nominative. En nommant nos ancêtres féminines nous leur redonnerions la possibilité d’une existence pleine et dite qui dépasserait la simple identification au mâle. En nommant nos ancêtres féminines nous revaloriserions leur singularité et leur influence au sein de la famille.

Et vous? Dans quelle mesure le nom et le prénom que vous portez témoigne de votre fidélité au clan ?

Avez-vous favorisé le nom de votre père, celui de votre grand-père maternel ? Celui de votre conjoint ?

Quel est l’impact de ce nom sur votre relation au féminin, au masculin, au groupe et à votre individualité ?

À vous.

 

Lia Antonelli Cerqueira

 

 

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