Le sang menstruel : pouvoir, marginalisation et revalorisation.

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Écrire sur le pouvoir du sang menstruel n’est pas un exercice facile. Premièrement parce que cette question se situe au croisement de l’anthropologie, de l’histoire, de la psychanalyse mais aussi des sciences occultes et naturelles. Deuxièmement parce qu’un grand nombre de publications existent à ce sujet et qu’un petit article ne pourra jamais rendre compte de l’étendue des informations et réflexions à son propos.

Ce texte vise à rapidement présenter l’évolution des représentations des menstruations à travers les siècles et principalement dans le monde occidental d’aujourd’hui.

Le sang et les rites primaires

Il semblerait qu’à travers le monde, les rites primaires aient été initialement liés au sang menstruel.  D’ailleurs, selon l’écrivain Elidor Gadnon « le mot rituel serait dérivé du mot sanskrit RTU qui signifie menstruation. »

Le sang est un symbole universel de vie mais aussi de mort, lorsqu’il est visible il est généralement associé à la douleur, à une plaie, à un signe annonciateur de trépas.  Non visible, le sang assure le bon fonctionnement de l’organisme, de la circulation de la force vitale ou l’appartenance à une lignée.

Dans la majorité des croyances traditionnelles les femmes portent en elles le mystère de la vie et de la mort ; elles mettent les enfants au monde, elles peuvent en perdre et surtout elles saignent toutes, plusieurs jours par mois sans mourir. Curieusement c’est cet écoulement rouge en dehors de leurs corps, symbole de mort, qui témoigne de leur fertilité, symbole de vie. Ce sang conférerait donc aux femmes un pouvoir que les hommes auraient tenté d’acquérir ou d’égaler à travers la création de différents rites initiatiques ou sacrificiels visant la reproduction de ce naturel phénomène féminin.

Le sang menstruel permettrait aussi aux femmes de transiter entre les différents mondes, cette période de leur cycle étant considéré comme un moment favorisant l’accès à leur intuition et aux autres plans spirituels, à condition qu’elles puissent se consacrer à cette activité.

Menstruations et isolement 

L’isolement des femmes durant leur menstruation se retrouve dans quasiment toutes les cultures traditionnelles ; ce qui varie ce sont les conditions de cet isolement, son interprétation et ses conséquences sur la communauté de femmes.

Dans son livre, Owen Lara se base sur les travaux de plusieurs anthropologues et explique que la place donnée à la femme est fortement influencée par la relation qu’établit une tribu ou un peuple avec la nature. Plus un peuple vivrait en harmonie avec la nature dans une logique de gratitude, plus les femmes auraient un rôle important dans la société et seraient sacralisées. Au contraire, les tribus s’inscrivant dans une logique guerrière et une domestication brutale de la nature auraient tendance à soumettre davantage les femmes et à leur accorder peu de pouvoir au sein de leur société.

Ainsi, dans certaines tribus la femme est dispensée de toutes ses obligations durant ses menstruations et part se recueillir seule ou avec d’autres femmes ayant leurs règles afin de se reposer et de profiter pleinement de cette période du cycle qui lui donne accès à un état de conscience modifié, à des rêves prémonitoires, des visions, ainsi qu’à une énergie particulièrement fertile. En effet, l’arrivée des règles symbolise la non fécondation, puisque la femme ne génère pas de vie biologique elle accède cependant à un autre type de mise au monde : celle de sa créativité. Au sortir de son recueillement elle partage ses « voyages », ses créations et les messages de son intuition avec le reste de la communauté qui les accueille et les intègre à la vie de la tribu. En ce sens la femme menstruée apparaît comme une source de sagesse mystique ayant une influence à la fois morale et politique sur la communauté.

Toutefois cet encensement des menstruations n’est pas la norme dans le monde. Au contraire, dans la plupart des sociétés le sang de la femme fera sa malédiction.

Les règles ça fait peur.

 Ces dernières années, plusieurs articles dénonçant le décès de femmes exilées dans des conditions de précarité totale pendant leurs règles sont parus.  Cette triste réalité reflète toujours au XXIème siècle la marginalisation dont celles-ci sont victimes à travers le monde sous prétexte que leur sang serait impur. La démonisation de la femme et de son pouvoir est le socle sur lequel repose l’ensemble des sociétés patriarcales ainsi que l’interprétation majoritaire des croyances monothéistes. Par ailleurs le capitalisme et la publicité ont encouragé le processus d’invisibilisation des règles.

Pendant longtemps, l’idée de l’impact physiologique de menstruations « maléfiques » sur le psychisme féminin a joué en la défaveur des femmes, justifiant leur éloignement de toutes les sphères du pouvoir et du monde sacré. Pour conquérir leur indépendance, leur autonomie financière et leur entrée dans le monde du travail, la plupart n’ont eu d’autre choix que de camoufler la présence de ce sang synonyme de souillure et d’irraison.

Le tabou autour des règles semble aussi ancestral que sa valorisation et bien plus répandu, ceci causant la perpétuation de la maltraitance et de l’inégalité des sexes dans une partie du monde et la déconnexion de générations entières de femmes à leur corps et leur magie dans les sociétés occidentales. Heureusement une nouvelle ère semble commencer.

 Réappropriation du pouvoir féminin.

 Depuis les années 70 les recherches sur les menstruations en lien avec la spiritualité, les médecines alternatives et les grandes traditions philosophiques se sont multipliées en occident. Ceci toujours dans l’ombre d’un mouvement général qui banalise les douleurs menstruelles, perpétue le tabou et se rit de l’hypersensibilité féminine propre à ce moment en reléguant les femmes au plan de victimes impuissantes et hystériques de leurs émotions. Heureusement, depuis quelques années la parole se libère, le sexe féminin et son eau rouge reconquièrent peu à peu les esprits.  Le lien (hypothétique pour certain(es), fondamental pour d’autres) entre le corps, le psychisme, la vitalité de la femme et la nature vient nourrir une nouvelle lecture du soi.

Lune rouge, blanche ou noire, archétypes de la Déesse Mère, mandala lunaire et tentative de planification cyclique, connexion à la Pacha Mama par arrosage de sang (planter la lune), recours à la symptothermie, cercles de femmes, art menstruel, respiration ovarienne… la liste de pratiques féminines mensuelles est longue, richissime ainsi que branchée.

T-shirt utérus, publicité de vulves dansantes et serviettes hygiéniques lavables aux motifs infinis, un véritable marché s’est développé autour de cette mouvance encourageant la représentation positive des règles et du sexe féminin.

Des connaissances du corps et de la nature à la réhabilitation des sorcières.

 La redécouverte du pouvoir du cycle et du corps féminin va souvent de pair avec la recherche de la nature et la revalorisation de la magie. Les figures de la sorcière, de la femme médecine, de la prêtresse, de la guérisseuse inondent les écrans et les esprits. La sorcellerie New Age côtoie les systèmes de croyances traditionnels. Les savoirs d’autrefois sont réhabilités et l’on constate le succès de la lithothérapie, de l’herboristerie et autres remèdes naturels.  Les cercles de femmes, outre la reproduction des huttes menstruelles, peuvent apparaître comme une forme moderne de sabbats.Des livres sur les rituels, qui quelques années auparavant ne se trouvaient qu’en boutique ésotérique, s’empilent sur les présentoirs des librairies et des kits de la « parfaite petite sorcière » se trouvent sur internet.

Si la récupération de la sorcellerie par le capitalisme est critiquable, elle a tout de même l’avantage d’éveiller les curiosités et de rendre accessibles des connaissances qui appartenaient au domaine de l’occulte.On note par ailleurs le retour en force des métiers des Doulas et Sages-femmes qui sont, elles aussi, les guides entre deux mondes : l’utérin et l’extérieur.

Dans sa thèse, Therèse Moreau revient sur le travail de l’historien Michelet en précisant que « la sorcière devait périr par le progrès des sciences, par le médecin ». De son côté, dans son dernier ouvrage, Mona Chollet présente la sorcière comme le symbole d’une puissance émancipée. Dans tous les cas la triade corps-femme-pouvoir est historiquement bien réelle et continue de susciter le débat.

Pour toutes ces raisons, beaucoup des pro-menstru participent d’une génération féministe pour laquelle liberté et sacralité vont de pair. Une génération qui ressent urgemment le besoin d’honorer le corps, de réparer l’histoire, de redéfinir sa place et ses moyens d’action avec le monde.

Lia Antonelli Cerqueira

 

Sources :
 Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes, 2018
 Elidor Gadon, The once and future Godess, 1989
  Lara Owen, My blood is gold, celebreting the power of menstruation,1993
  Thèrese Moreau, Sang sur :  Michelet et le sang féminin ,1981

 

 Par respect pour mon travail, merci de citer la source de celui-ci si vous le partagez.

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Qu’est ce que le Féminin Sacré?

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Le Féminin Sacré est un mouvement et une philosophie de vie fondé sur l’idée d’une « essence féminine » dont les femmes auraient été dépossédées au cours de millénaires de patriarcat. La reconnexion avec cette « essence » passe par toute une série de pratiques et célébrations reposant sur la sacralité du corps féminin et de sa nature cyclique ainsi que sur le principe de sororité. Parce qu’il se situe à un croisement entre la tradition et la modernité, la spiritualité, le développement personnel, l’écologie, et même – à mes yeux – le politique, le Féminin Sacré est complexe. C’est pourquoi je reviendrai dans cet article sur les différents aspects qui le composent.

 1) Du féminisme au Féminin Sacré.

Le féminisme revendique l’égalité entre hommes et femmes, une égalité de droits mais aussi une égalité de mœurs, de statuts, bref de manières d’être et de penser. Simone de Beauvoir a dit « on ne nait pas femme, on le devient ». Depuis lors, nombre d’études ont mis en avant l’importance du conditionnement dans la constitution des identités dites « féminines » ou « masculines ». Le Féminin Sacré ne remet pas en cause le rôle fondamental du conditionnement dans la constitution de ces identités, celui-ci relevant de l’environnement familial et sociétal et pouvant être modifié.

Ce qu’on ne peut modifier en revanche, c’est le biologique : pour le Féminin Sacré, naître femme c’est appartenir à une catégorie d’individus qui possède un type de sexe. Parce qu’il s’inscrit dans une conception holistique de l’être (lien corps et esprit), ce déterminisme biologique caractérisé par l’importance de l’utérus et des cycles menstruels créerait un pont entre toutes les femmes et se manifesterait par un certain mode de fonctionnement typiquement « féminin ». Par ailleurs, une des critiques faites à l’égard du féminisme est celle de la confusion entre égalité et similarité.

En effet, pour devenir les égales des hommes, les femmes se sont elles aussi basées sur les valeurs du patriarcat telle la compétitivité, la performance et l’agressivité, ceci au détriment de valeurs comme l’émotivité, la douceur, l’empathie, la coopération, valeurs reléguées à un plan secondaire voire inférieur car associées négativement comme propres au « deuxième sexe ». C’est justement ces valeurs que le Féminin Sacré remet à l’honneur, les envisageant comme les bases constitutives d’une société plus juste et pacifiste.

Loin de là pourtant, l’idée que la femme ne serait que douceur et gentillesse ou serait soumise à l’homme. Toutes les femmes possèdent en elles une grande force vitale, rage, capacité d’action. Simplement ces compétences se manifestent à travers l’identification à de nouveaux (ou très anciens) archétypes, ceux de la guérisseuse, de la sorcière et de la magicienne avec tout ce qu’elles inspirent de sagesse, de pouvoir, de liberté et de sensualité. D’autre part, c’est l’expression d’une beauté sauvage, vibrante, insensible aux regards extérieurs que le Féminin Sacré met en avant, en opposition aux représentations d’une femme domestiquée, apprêtée, sous contrôle permanent.

2) La femme sacrée en lien avec la nature.

La femme est le souffle de la vie.

Lorsque l’on se penche sur l’étymologie du mot « femme » l’on s’aperçoit qu’il provient de grec phuomai « φυομαι » qui signifie « ce qui naît ». En latin, la racine « fe » du mot « femina » (femme) ferait référence au souffle, la femme serait « celle qui donne le souffle » ou autrement dit, le souffle de la vie. Pour le Féminin Sacré la femme possède donc avant tout une force créatrice, au sens où elle est caractérisée par sa capacité à « faire naître », du fait de sa constitution biologique et des impacts de celle-ci sur son psychisme.

Bien que la question de l’enfantement soit très présente dans cette philosophie, le symbole de la naissance ne s’y limite pas, puisqu’il est aussi relatif a tout ce qui relève de la création. Que ce soit au travers de la réalisation de projets professionnels, personnels, artistiques et même des plus petites tâches du quotidien (telles cuisiner, coudre, jardiner…) – tâches qui se voient d’ailleurs revalorisées et ennoblies par le mouvement – ; le Féminin Sacré s’impose comme un mode d’action rythmé par les cycles biologiques et naturels. C’est d’ailleurs le mot « fertilité » qui en serait le meilleur synonyme. Fertilité non pas surproductrice et incessante mais calquée sur les saisons, les cycles lunaires et menstruels avec leurs moments de floraisons et de mort.

Renouer avec la Déesse

La conception d’un lien entre la femme, la nature et la fertilité remonte aux débuts de l’humanité et s’étend approximativement jusqu’au moyen-âge, période où les croyances polythéistes et animistes se sont vues anéanties par les religions monothéistes. Le Féminin Sacré est un mouvement animiste puisque ses adeptes vénèrent la nature sous toutes ses formes et s’en servent comme d’une alliée. La Terre, -Pacha Mama – et la Lune apparaissent comme des mères auxquelles toutes les femmes sont liées et auprès desquelles elles peuvent trouver force et protection. Non pas uniquement symboliquement mais bien en pratique grâce à toute une série de méditations et rituels qui matérialisent cette connexion et aboutissent à des effets concrets dans la vie des femmes. Certains de ces éléments ne sont pas simplement vivants, ils sont déifiés, et puisque que nous sommes en connexion avec ces éléments « féminins », nous portons toutes en nous une part de déesse.

Par ailleurs le Féminin Sacré repose sur l’idée que dans toutes les cultures polythéistes du monde on retrouve des déesses possédant les mêmes propriétés bien que chaque déesse puisse posséder des attributs qui lui sont propres. Ainsi chaque femme en fonction de sa personnalité, de son caractère ou de ses besoins, aura des affinités avec certaines déesses qui pourront lui transmettre des messages ou lui venir en aide. Notons aussi que le Féminin Sacré ne rejette pas les religions monothéistes ou les autres formes de croyances et qu’être adepte d’une confession n’empêche en rien la connexion avec d’autres déités. De nombreuses recherches démontrent d’ailleurs que les différents cultes à la vierge ne sont en réalité que des nouvelles formes de cultes à la Déesse Mère.

On parlera ainsi parfois de LA Déesse en se référant à la nature, à la terre, à la lune ou DES Déesses s’il est question de célébrer ou d’invoquer les puissances féminines sacrées d’un panthéon. Parce qu’il s’inscrit dans un mouvement New-Age profondément ancré dans une mondialisation, le Féminin Sacré offre à ses adeptes la possibilité de créer leurs propre panthéons en puisant dans les diverses croyances et pratiques spirituelles du monde.

Vivre en accord avec la Déesse et protéger l’environnement.

J’ai essayé d’expliquer ci-dessus pourquoi les cultes à la Déesse constituent en eux-mêmes un culte de la nature, c’est pourquoi l’adhésion aux principes du Féminin Sacré implique une modification de notre mode de vie et de notre mode de consommation. En effet, il ne suffit pas de chanter un hymne à la lune, de marcher pieds nus dans l’herbe ou de réaliser tout autre acte romantique qui pourrait donner l’illusion que nous ne faisons qu’un avec celle-ci. Intégrer le Féminin Sacré à sa vie, c’est aussi questionner certains points de la modernité aux vues des dégâts environnementaux, humains et animaliers qu’ils entraînent.

On retrouve parmi les grandes lignes de ce mode de vie : le recours à une alimentation biologique (voire végétarienne), la valorisation de produits cosmétiques et d’hygiène naturels et non polluants, la réduction des déchets, le recours aux médecines douces, l’abandon de certains moyens de contraception nocifs pour la femme tels la pilule ou l’implant ( les cycles menstruels constituant le pouvoir de la femme, tout produit chimique qui les modifient ou les rendent artificiels apparaît comme destructeur), l’appel à un accompagnement de la grossesse et de l’accouchement plus « humanisé » … Pour toutes ces raison le Féminin Sacré s’inscrit dans le mouvement écologique et éco-citoyen ayant conscience que l’Homme n’est pas supérieur à la nature mais au contraire dépendant de celle-ci.  Il n’encourage pas à une rupture nette avec le progrès et la science mais met en avant leurs dérives et dangers.

3) Entre tradition et modernité, pratiques et célébrations.

La réappropriation de connaissances anciennes.

La connaissance des plantes et de la nature, le recours aux incantations, prières et rituels « magiques », la navigation entre le monde des humains et celui des esprits est propre aux sociétés traditionnelles qui possédaient toutes un(e) ou plusieur(es) guérisseur(se) (appelés aussi chamane, sorcier(e)…). Bien que ceux ou celles-ci soient les référents officiels de la communauté en termes de santé, certaines pratiques  médicinales étaient connues de tous. Que ce soit à travers l’inquisition, la christianisation (ou autre tentative de conversion imposée) ou le génocide des peuples, les soldats du pouvoir ont toujours cherché à déposséder les individus de leurs croyances, de leurs cultures ainsi que de leur capacité à se soigner. Notons que dans ces sociétés le spirituel, le mental et le physique sont intrinsèquement liés.

La mainmise du lobbying pharmaceutique sur la santé, le maintien dans le secret de certaines plantes aux vertus mille fois reconnues ou leur interdiction de commercialisation continuent de montrer que la santé est un enjeu monétaire. Le Féminin Sacré questionne aussi la mainmise des hommes sur la médecine et la naissance, la non prise en compte des volontés du patient ou de la patiente dans les processus de soins, et toutes les formes de violences cautionnées par le système médical moderne. Un des objectifs du Féminin Sacré est donc de démocratiser l’accès à certains savoirs ou pratiques traditionnelles curatives et de se les réapproprier.  Il en est de même de certaines tâches artisanales qui, en fonction des habilités requises, nous aident à travailler sur des points précis de notre développement en s’insérant toujours dans la logique de la préservation d’un certain patrimoine féminin. Cette démarche nous amène à un point capital du mouvement : l’ancestralité.

L’ancestralité comme fondement.

Parce qu’il implique une recherche et même la sauvegarde de certains savoirs, s’inscrire dans le Féminin Sacré c’est vouloir établir un lien avec des connaissances anciennes. Si quelques rares élues, grâce à leurs origines, voyages ou rencontres, ont bénéficié de formations approfondies auprès de guérisseurs ou artisans traditionnels, la plupart des femmes n’ont pas eu cette opportunité. Toutefois, il revient à chacune, en fonction de son engagement et de son intérêt dans le mouvement, de se documenter sur ce sujet. Aujourd’hui il existe de nombreux livres, groupes de parole, films, ateliers à propos de pratiques traditionnelles féminines visant le bien-être, les soins, le développement d’une sexualité épanouie, ou le renforcement d’une certaine spiritualité ou d’un certain savoir-faire… La plupart des pratiques proposées n’ont pas été inventées mais proviennent de savoirs anciens remis à l’ordre du jour.

Par ailleurs l’ancestralité réside dans certains actes simples tels que le chant, la danse, l’utilisation d’instruments de transe, de plantes ou de certains objets liés dans l’imaginaire collectif à des modèles féminins anciens et tribaux (la jupe longue, le châle, la pipe, les plumes, le tambour…) Par le recours à ces activités ou ces objets, la femme moderne inscrite dans le Féminin Sacré établit une connexion directe avec la déesse qui réside en elle et avec ses ancêtres.

En ce sens, il est aussi question de filiation : je suis la fille d’une femme qui est elle-même la fille d’une femme et ainsi va ; la question de la transmission généalogique et des problèmes et solutions qui peuvent en découler est non négligeable lorsque l’on travaille avec le Féminin Sacré, l’utérus lui-même étant le berceau d’une ancestralité.

D’une manière générale ce mouvement nous porte aussi à reconsidérer la place des anciens, perçus non plus comme un poids pour la société mais bien comme des sources de sagesse sacrée dont nous avons à apprendre. En ce sens il se rattache à des systèmes sociétaux traditionnels où les plus âgés occupent une place d’honneur et d’influence.

En revalorisant le cyclique, le vieux, le naturel, le brut, l’organique, le Féminin Sacré redéfinit aussi les critères de beauté et les patrons conditionnants : la femme de pouvoir est celle qui s’accepte à travers sa naturalité et sa cyclicité.

Des pratiques païennes aux outils thérapeutiques modernes.

On peut être impliquée dans le Féminin Sacré à différents degrés . Certaines vont y recourir occasionnellement comme une pratique de santé ou art de vivre complémentaire et d’autres vont organiser leur vie personnelle voire leur profession autour de ses principes.   S’il y a bien sûr des rites précis dans la célébration du Féminin Sacré, les formes qu’il peut prendre varient en fonction de la praticienne ou de la « guide ». Il n’est pas rare d’y retrouver associés certaines pratiques de yoga, l’utilisation de mantras, des soins énergétiques divers, mais aussi d’autres thérapies alternatives. C’est pourquoi le Féminin Sacré apparaît comme une ligne idéologique à laquelle peuvent se greffer toutes sortes de pratiques hétéroclites visant le bien-être ou le développement personnel.

Il est une sorte de mouvement hybride fait par les femmes et pour les femmes, créant un pont entre ancestralité et modernité.

4) La sororité, groupes et cercles de femmes.

Le dernier, ou peut-être devrais-je dire, l’un des premiers piliers du Féminin Sacré est le concept de sororité. La sororité est l’idée selon laquelle toutes les femmes sont sœurs et sont connectées entre elles (grâce à leurs utérus), de ce fait elles doivent adopter un comportement de bienveillance, de soutien et d’encouragement les unes envers les autres. Les sociétés patriarcales ont souvent imposé l’idée d’une rivalité féminine qui mêlerait jalousie, perversité et envie et c’est cette idée-même que le Féminin Sacré rejette. En effet,  quiconque s’engage dans ce mouvement doit avant tout effectuer un travail sur soi-même et sur sa relation aux autres femmes afin d’honorer sa propre sacralité et celle de ses semblables féminines. Bien qu’il puisse se pratiquer en solitaire, la force du Féminin Sacré réside dans le groupe de femmes.

C’est le groupe qui donne de la force dans les heures sombres et avec lequel on se réjouit dans les moments heureux. C’est le groupe de femmes, et le pouvoir de tous les utérus réunis, qui augmente la puissance vibratoire de chacune d’entre nous.  C’est à travers le groupe de femmes que nous nous retrouvons toutes mères et filles les unes des autres et que nous prenons soin les unes des autres… La sororité ne renie pas le rôle de l’homme ou des hommes auprès des femmes, cependant il défend l’idée que nous trouverons toujours plus de force dans les autres femmes car notre essence commune fait que nous nous comprenons mieux et que nous sommes détentrices des « remèdes » propres aux tourments féminins.

Là aussi, la sororité va puiser dans l’histoire et dans les traditions, elle remet au cœur de notre mode de vie les cercles cérémoniels de pleine ou nouvelle lune, les cercles d’isolement collectif liés au périodes menstruelles (les tentes rouges) et tout autre type de cercle visant à honorer les moments symboliques de la vie. (Cercle de naissance, de mariage, de séparation, de premières menstruations…) Les femmes n’ont pas attendu le Féminin Sacré pour se rassembler et nous pouvons retrouver ces cercles sous diverses formes dans le monde moderne (lorsque nous buvons un verre avec des copines, que nous nous rassemblons avant une soirée, que nous rendons visite a une jeune maman et que nous lui offrons des cadeaux de naissance…)

Cependant, ce qu’apporte le Féminin Sacré c’est une re-ritualisation et une re-sacralisation de ces moments et en les insérant au cœur d’un processus spirituel et magique, il nous aide à redonner du sens à des choses simples et pourtant si fondamentales.

 

Lia Antonelli Cerqueira

 

 

 

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